lundi, 27 février 2017 21:31

[Série] Conférence nationale : le 28 février 1990, le Bénin a “vaincu la fatalité”

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Point final à 17 ans de Révolution. Le 28 février 1990, la Conférence nationale s’achève sur l’adoption des résolutions qui enterrent la période révolutionnaire et ouvrent la transition vers le renouveau démocratique. Le moment est à la fois grave et soulageant.

 A l’ouverture de la Conférence nationale des forces vives le 19 février, il n’était pas envisageable de penser que les travaux conduiraient à dépouiller Mathieu Kérékou de l’essentiel de ses pouvoirs en lui imposant une transition avec un nouveau gouvernement. Et pourtant.

Au lendemain de l’élection du Premier ministre Nicéphore Soglo et de l’adoption des première résolutions de la Conférence, place ce 28 février à la validation par les délégués d’autres résolutions et motions mais surtout du rapport général des assises. C’est Albert Tévoédjrè qui le rédige et le présente. 

Le texte est long. Mais l’éloquent professeur le livre avec verve devant le président Kérékou et les représentants du peuple rassemblés à l’Hôtel PLM Alédjo. Ce qu’ils ont décidé, le rapporteur général le leur rappelle brièvement :

“D’abord, vous voulez désormais un Etat de droit dans lequel le pouvoir est service. Vous voulez que l’autorité soit recentrée en son sens essentiel ‘Autoritas’, prendre les autres en charge pour les faire grandir.”

Après avoir cité les grandes lignes des résolutions, Albert Tévoédjrè peut affirmer la victoire du peuple sur l’adversité dans la conclusion de son rapport :

“Parce que nous avons juré de ne plus jamais humilier l’intelligence, parce que les chaînes sont brisées et que nous avons définitivement conquis le droit de parler au nom de l’Afrique et des libertés fondamentales des hommes et des femmes de ce continent, parce que nous entrons désormais en partenaire majeur dans un monde majeur, parce que la nuit s’est dissipée et que l’aube nouvelle rayonne : ‘au travail mes amis ! Nous avons vaincu la fatalité’.”.

"Responsabilité nationale"

Rien n’était pourtant gagné encore. Car le dernier mot revenait à Kérékou. Acceptera, acceptera pas ? Le suspense reste entier. Avant de lui donner la parole, le président de la Conférence, Mgr Isidore de Souza, lui exprime la gratitude du peuple pour avoir convoqué la Conférence nationale et salue sa grandeur d’esprit. “Vous avez posé un acte qui est juste et qui est historique et dont le Bénin vous saura toujours gré longtemps”, lui dit-il.

Et Mathieu Kérékou ne fit pas de sa décision un mystère. Dans son discours de clôture de la Conférence, il affirme “solennellement” son “engagement à faire mettre en oeuvre de manière réaliste toutes les décisions issues de la Conférence”. Ces mots ont le don de rassurer les délégués qui applaudissent. Mais Kérékou doit finir son discours. Il renforce sa promesse :

“Au nom de l’intérêt supérieur de la nation, et du peuple béninois tout entier, nous disons que les décisions prises par la Conférence nationale seront appliquées dans l’ordre et la discipline librement consentie. Ce n’est pas du défaitisme, ce n’est pas la capitulation, c’est une question de responsabilité nationale.”

C’est gagné ! La Conférence est une réussite. Toute la salle se lève et ovationne le président.

Renouveau démocratique

Désormais, plus rien n’entravera la transition vers le renouveau démocratique. Dès le 1er mars 1990, le processus s’ébranle avec la prise par le président Kérékou d’une série d’ordonnances pour abroger la Loi fondamentale et dissoudre le Conseil exécutif national (gouvernement), l’Assemblée nationale révolutionnaire. Par ordonnance aussi, l’Etat change de nom pour la deuxième fois depuis 1960. Il s’appellera désormais République du Bénin et non République populaire du Bénin, nom adopté par Kérékou le marxiste-léniniste le 30 novembre 1975 en remplacement du “Dahomey” jugé colonial. Par ailleurs, le drapeau tricolore est rétabli de même que la fête nationale du 1er août entre temps remplacée par la fête des Forces armées populaires. Et fait significatif, les Béninois ne sont plus tenus d'utiliser le terme “camarade” dans leurs conversations, il est même banni des correspondances officielles. Le temps de la Révolution est définitivement révolue.

Il y a aussi le Haut conseil de la République. Il est chargé des fonctions de parlement, de cour constitutionnelle, de régulateur des médias, et de suivi des décisions de la Conférence. Présidé par Mgr Isidore de Souza, le président de la Conférence, le Haut conseil est constitué des membres du présidium de la Conférence, des présidents des commissions, des anciens chefs d’Etat et d’un membre désigné par chacune des six provinces.

Le 14 mars 1990, la liste du gouvernement de transition est publiée. Le Premier ministre est à la tête d’une équipe de 15 ministres. Nicéphore Soglo s’attribue lui-même le portefeuille de la Défense.

La suite de l’histoire, c’est l’adoption par référendum de la nouvelle Constitution le 2 décembre 1990. Elle est promulguée le 11 décembre. Les premières élections législatives se déroulent le 17 février 1991 et les 10 et 24 mars ont lieu le premier et le second tour de la présidentielle. Mathieu Kérékou est battu au second par tour Nicéphore Soglo qui devient le premier président de l’ère du renouveau démocratique. Et l’histoire suit son cours. Mathieu Kérékou a terminé la sienne le 14 octobre 2015, date de son déçès

 

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