Apithy Yèmi Geoffrey Afiss (AYGA), l'athlète qui sera le porte-drapeau de la délégation béninoise aux Jeux Olympiques de Rio 2016, est un escrimeur chevronné. Il est le N°2 africain du sabre derrière le Tunisien Fares Ferjani et devant l'Egyptien Mohamed Amer. Il pointe à la 56ème place au classement de la Fédération Internationale d'Escrime et se révèle comme l'une des valeurs sûres de l'escrime en Afrique et dans le monde.
Yèmi Apithy est né le 5 avril 1989 à Dijon (en France), où son père Souleymane, neveu de Sourou Migan Apithy, ex-président du Dahomey, actuel Bénin, a rencontré sa mère Jacqueline Dupuis. Podologue de formation et de profession, l'escrimeur spécialisé dans le sabre comme arme de prédilection, est un bel athlète de 1,92 mètre pour un poids de 99 kg tout en muscle. Il est l'un des Béninois de la diaspora qui ont gardé le cordon ombilical avec leur mère patrie. Contrairement à son frère aîné Boladé qui est un international français, Yèmia a choisi de défendre les couleurs du Bénin.
Yèmi le binational franco-béninois ou bénino-français, a embrassé la carrière sportive par une passion maladive en empoignant le sabre pour la première fois à l'âge de quatre ans. Le succès n'a pas tardé à lui tendre les bras puisqu'à 15 ans, il s'est déjà retrouvé sur le podium en prenant la troisième place du championnat de France minime. Dix ans plus tard, il est deux fois vice-champion d'Afrique en 2014 et 2015 sous les couleurs vert-jaune-rouge.
En choisissant de défendre les couleurs du Bénin, Yèmi n'a pas eu la même chance de disputer beaucoup de compétitions de haut niveau mondial comme son frère aîné Boladé en équipe de France. Il s'est contenté des championnats d'Afrique et du monde. Cela ne l'a pas empêché d'étoffer son palmarès avec les titres de vice-champion de la Coupe d'Europe des clubs champions en 2012 et 2013, de gagner la Coupe des Nations à Montréal au Canada en 2014. Dans le club d'escrime de Dijon où il était entraîné par Jean Pierre Harbelot, Yèmi a été champion de France par équipe en 2011, 2012, 2013 et 2016. En 2016, Yèmia encore frappé fort en gagnant le critérium national de France. Dans ces conditions, sa qualification pour les Jeux Olympiques de Rio de Janeiro n'est pas du tout une surprise.
Yèmi Apithy doit beaucoup à Boladé. Celui-ci a toujours été son conseiller principal avant de devenir son entraîneur depuis deux ans. Les deux frères partagent tous deux la même passion et les mêmes convictions. "Nous croyons d'abord et avant tout en nous-mêmes", affirment-ils en chœur. Au fil des années, ils ont développé une solide complicité. Ils se sont frayé leur propre chemin. Ils ne suivent ni leur père Souleymane Apithy dans sa foi musulmane, ni leur mère Jacqueline Dupuis dans sa foi chrétienne. "Nous sommes au milieu des deux parents en matière de croyance", disent-ils. Ils ont décidé de croire en eux-mêmes et d'avancer ensemble dans la vie et dans le sport, leur sport de prédilection, l'escrime, même si l'aîné chante la Marseillaise et le jeune frère, l'Aube Nouvelle dans les compétitions internationales. Mais la preuve qu'ils ont un destin commun et que leurs chemins se recoupent toujours, est que le lundi 1er août 2016, à l'occasion de la cérémonie de bienvenue de la délégation béninoise au Village Olympique, Yèmi et Boladé ont tous deux chanté l'Aube Nouvelle, l'hymne national du Bénin.
Du 6 au 14 août 2016 au Carioca Arena 3 de Rio, Yèmi épaulé et encadré par Boladé, fera partie des 32 sabreurs qui iront à l'assaut de l'or olympique.
Boladé ne prend pas à la légère son rôle de guide de son jeune frère dans ces Jeux Olympiques. Ce 1er août, juste après la cérémonie de bienvenue de la délégation béninoise au Village Olympique, Yèmi n'avait pas eu droit à la fête jusqu'au bout. La cérémonie et le retard du début ayant duré deux heures, le coach avait écourté la récréation de son poulain, le contraignant à rejoindre prématurément sa chambre pour un repos récupérateur alors que les autres membres de la délégation continuaient de s'égayer à travers d'interminables séances photos.
C'est parfois bon d'être à la fois coach et frère aîné.
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Fernando Hessou, Envoyé spécial



