mardi, 12 novembre 2019 20:58

Basile Adjou-Moumouni et son destin non présidentiel

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Basile Adjou-Moumouni, l’un des derniers témoins de la tumultueuse période post-indépendance du Bénin s’est éteint ce mardi 12 novembre à l’âge de 97 ans. Il traînait la réputation du président de la République élu mais qui n’a jamais gouverné.

La réalité de l’histoire politique du Bénin à laquelle s’est mêlé, Basile Adjou-Moumouni voudrait qu’on dise de lui qu’il a plutôt été une victime de la lutte pour le pouvoir qui a vu se confronter et s’affronter les cadres civils et militaires du jeune Etat indépendant depuis le 1er août 1960.

En effet, Basile Adjou-Moumouni, médecin, fonctionnaire de l’Organisation mondiale de la Santé (Oms) en poste à Brazzaville a fait l’amère expérience du combat politique qui faisait rage au Dahomey depuis que les militaires ont fait irruption sur la scène jouant aux justiciers insatisfaits.

Nous sommes en 1968. Le pays veut tourner la page des coups d’Etat déjà au nombre de trois en 8 ans d’indépendance (le premier en 1963, le second en 1965, le plus récent en 1967). La plupart des acteurs politiques de l’époque avaient déjà d’une manière ou d’une autre participé à la gestion du pouvoir : Hubert Maga, Sourou Migan Apithy, Justin Ahomadégbé, tous civils ; on citera aussi l’officier général Christophe Soglo. C’est lui venait de perdre le pouvoir arraché par les Jeunes Cadres de l’armée en décembre 1967. Sous l’égide du Lieutenant-colonel Alphonse Alley, le régime militaire se fixe une période de 6 à 8 mois pour retourner le pouvoir aux civils. Mais il fallait soigneusement empêcher le retour de la vieille classe. Pour y parvenir, les candidatures des anciens présidents furent interdites par la junte au pouvoir. Le chemin paraissait tout tracé pour les nouveaux visages tels celui de Docteur Basile Adjou-Moumouni. Dans son livre “Ce que je sais. 1968”, l’homme raconte avoir été démarché par des amis au pays pour briguer la magistrature suprême. Il a cependant longtemps hésité avant d’accepter de venir se jeter dans la course.

Une fois dans la mare aux crocodiles que constitue l’espace politique dahoméen, le médecin se rend vite compte qu’il est loin d’être l’oiseau rare qui serait tant désiré mais un élément gênant des intérêts. Entre sabotages et dénigrements, le médecin quadragénaire réussira tout de même à se défaire de toutes les hostilités jusque dans les urnes le 5 mai face à quatre autres candidats : Paul Hazoumè, Eustache Prudencio, Karim Urbain da Silva et Jean-Baptiste Vierin. Mais ce n’était pas tout.

Après le vote du 5 mai 1968, le technocrate arrive en tête avec plus de 240 000 voix. Ce n’est pas le chiffre le plus important. Le déterminant est celui de la participation qui ne dépasse guère les 26%. Les militaires au pouvoir tiennent un prétexte pour opérer un nouveau coup. Ils décident d’annuler l’élection présidentielle. Motif, faible participation des électeurs. La suite du processus n’est nullement l’organisation d’un nouveau scrutin. En conseil des ministres le 17 juin 1968, la junte décide de nommer unilatéralement une personnalité civile comme chef de l’Etat, en la personne de Emile Derlin Zinsou.

Ainsi prit fin la brève et singulière expérience politique de Basile Adjou-Moumouni qui retourna à ses fonctions à l’Oms après cet épisode de la vie politique de son pays. Il l’a relaté selon ce qu’il en savait dans l’un des ses nombreux ouvrages, “Ce que je sais. 1968”, pour que l’Histoire ne l’oublie pas.

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